Semaine du 8 mars : quand les mots sont là pour faire taire les femmes !
Une PJ et le lien vers le podcast:
« La poissonnière ! La folle ! » sont des insultes qui fusent régulièrement même dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, dans la rue ou ailleurs. On entend les hommes traiter les femmes de « cagoles » et pour les plus jeunes une « BDH » et même pire. Au Royaume- Uni on trouve le terme de « Essex girl », les « Jersey girls » aux USA et les « Choni » en Espagne. Leur point commun ? Rire et parler fort, sortir, boire, s’habiller comme elles en ont envie… Ce comportement sera considéré comme normal pour un homme. Pour une femme, cela peut facilement paraître vulgaire….
Il est intéressant de revenir sur l’origine de ces mots, qui sont des insultes sexistes, et de comprendre pourquoi elles sont encore bien présentes dans la bouche des hommes et malheureusement parfois de certaines femmes !
“Depuis Aristote, la rhétorique et l’éloquence, l’argumentation, sont incarnées de façon masculine, rappelle Laurence Rosier, professeure de linguistique française, d’analyse du discours et de didactique à l'Université Libre de Bruxelles en Belgique. La femme, elle, est la figure de l’intime, et sa parole n’a pas lieu sur la place publique. La poissonnière, au XVIe siècle, désigne en fait les vendeuses de poissons à la criée. C’est l’image de la femme populaire liée à la grande gueule. Au-delà de l’insulte c’est vraiment une question de territoire, de parole.” (source France Culture- Pierre Ropert 2021)
La poissonnière, la cagole ou autres, incarnent ces femmes qui se refusent à être dans la norme dictée par les hommes. Ce qui est intéressant, c'est de voir que dès que la femme sort de son rôle, son rôle de mère en refusant d'être mère, de son rôle de femme à la maison en devenant une guerrière - on peut regarder Jeanne d'Arc - : elle est insultée. Toute femme qui “l’ouvre”, finalement est insulté par les hommes. Et aujourd'hui les femmes l'ouvrent beaucoup plus." L’insulte est, de fait, une injonction à se taire. » explique Véronique de Oliveira dans Philosophie magazine en 2024. « Jaillissant spontanément dans une situation de stress, de frustration et de colère, elles témoignent de stéréotypes de genre encore fortement ancrés dans les esprits. C’est aussi la raison pour laquelle la nouvelle vague du féminisme s’en est emparée, prenant pour modèle les rappeurs noirs américains se qualifiant eux-mêmes de niggers, afin d’en faire les nouveaux étendards d’une féminité décomplexée »
Mais heureusement, celles qui ont appris dans la rue à répondre aux insultes sexistes des machos se fichent de ce que l’on pense d’elles.
Le sexisme est le principal obstacle à l’égalité réelle entre les femmes et les hommes.